Les épisodes de chaleur extrême ne sont plus de simples désagréments estivaux. Selon un nouveau rapport publié par Oxfam, ils constituent désormais une menace sanitaire majeure en France. L’ONG estime que les fortes températures sont responsables de plus de 5 000 décès chaque année et avertit que le système de santé français n’est pas suffisamment préparé pour faire face à l’aggravation du phénomène.
Intitulée « Santé et climat : la fièvre monte », l’étude met en lumière les conséquences croissantes du réchauffement climatique sur la santé publique. Les vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et précoces, augmentent notamment les risques d’accidents vasculaires cérébraux, de maladies cardiovasculaires et de complications liées aux pathologies chroniques.
Les données citées dans le rapport montrent qu’une hausse d’un degré Celsius de la température s’accompagne d’une augmentation de 3,8 % du risque d’AVC. Les journées les plus chaudes de l’année sont également associées à une hausse significative de la mortalité liée aux infarctus. Au-delà des maladies physiques, la chaleur affecte aussi la qualité du sommeil, favorise l’anxiété et dégrade plus largement la santé mentale.
Les populations les plus fragiles en première ligne
L’étude souligne que les conséquences sanitaires des canicules ne touchent pas tous les Français de la même manière. Les personnes âgées, les femmes et les populations les plus modestes apparaissent comme les catégories les plus exposées.
Au cours de l’été 2025, plus de 13 000 personnes ont été hospitalisées pour des pathologies directement liées à la chaleur, telles que les coups de chaleur, la déshydratation ou les troubles électrolytiques. La mortalité associée aux fortes températures s’est révélée particulièrement élevée dans les territoires les plus défavorisés.
Selon le rapport, les dix départements les plus pauvres du pays ont enregistré une mortalité liée à la chaleur supérieure de 31 % à celle observée dans les dix départements les plus aisés. Une situation qui illustre ce qu’Oxfam qualifie de « triple peine » : une plus forte exposition aux risques climatiques, un état de santé souvent plus fragile et des moyens limités pour se protéger.
Les inégalités territoriales jouent également un rôle important. Dans les quartiers les plus défavorisés, le manque d’espaces verts, l’insuffisance des îlots de fraîcheur ou encore la mauvaise isolation des logements accentuent les effets des fortes températures. À l’inverse, les habitants des zones les plus favorisées disposent généralement de meilleures conditions pour faire face aux épisodes caniculaires.
Un système hospitalier jugé vulnérable
Pour l’ONG, la crise climatique intervient dans un contexte déjà difficile pour le système de santé. Le rapport rappelle qu’un quart des lits hospitaliers ont disparu depuis le début des années 2000 et souligne la vétusté d’une partie importante du parc hospitalier.
Le manque de personnel soignant et les difficultés de financement du secteur compliquent davantage la prise en charge des patients lors des périodes de forte chaleur. Selon l’étude, l’augmentation des besoins médicaux liée au réchauffement climatique risque d’accentuer les tensions déjà observées dans les établissements de santé.
Au-delà des canicules, d’autres menaces sanitaires émergent
Le rapport s’intéresse également aux conséquences indirectes du changement climatique. Les incendies de forêt, dont la fréquence et l’intensité augmentent, représentent une source majeure de pollution atmosphérique. Les mégafeux qui ont frappé le sud-ouest de la France en 2022 ont ainsi généré d’importantes quantités de particules fines, avec des conséquences durables sur la santé respiratoire.
Autre sujet de préoccupation : la progression des maladies transmises par certains insectes. L’expansion du moustique tigre sur une grande partie du territoire favorise désormais la circulation de maladies comme le chikungunya ou la dengue dans des zones jusqu’alors peu concernées.
Le débat sur le financement de l’adaptation
Face à ce constat, Oxfam plaide pour un renforcement des investissements dans l’adaptation du système de santé au changement climatique. L’ONG défend notamment une contribution accrue des grandes entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre ainsi que des patrimoines les plus élevés.
Selon ses estimations, les besoins de financement pour adapter le système de santé français aux conséquences du réchauffement climatique atteindraient plusieurs centaines de millions d’euros par an. Une somme que l’organisation juge accessible au regard des bénéfices réalisés par certaines grandes entreprises du secteur énergétique.
À travers ce rapport, Oxfam souhaite rappeler que le changement climatique ne constitue plus seulement un enjeu environnemental. Il est désormais devenu une question de santé publique, avec des répercussions qui touchent déjà quotidiennement des milliers de personnes en France.
