Longtemps considérée comme une simple réponse aux enjeux environnementaux, la mode circulaire s’impose désormais comme un véritable levier économique pour l’Europe. D’ici à 2030, ce marché pourrait dépasser les 100 milliards d’euros, porté par l’essor de l’éco-conception, le développement des filières de réemploi et un cadre réglementaire de plus en plus structurant.
Selon la deuxième édition de l’étude « State & Prospects of Circular Fashion in Europe », réalisée par KPMG et la Fédération de la Mode Circulaire, le modèle reposant sur les quatre piliers que sont le réemploi, la réparation, le recyclage et la réinvention des produits textiles connaît une accélération sans précédent. Les auteurs estiment que ce segment représentera un marché de plus de 100 milliards d’euros en Europe à l’horizon 2030.
L’éco-conception, moteur de création de valeur
Cette dynamique repose en grande partie sur l’évolution des pratiques de conception. Aujourd’hui encore minoritaires, les vêtements éco-conçus devraient voir leur part de marché fortement progresser. Alors qu’ils représentent environ 6 % des ventes textiles européennes, ils pourraient atteindre 15 % du marché total d’ici quatre ans.
Un changement loin d’être anodin. Les spécialistes rappellent qu’une très grande partie de l’empreinte environnementale d’un vêtement se joue dès sa phase de création. Le choix des matières, la facilité de réparation ou encore la capacité à recycler un produit influencent directement son impact futur. En repensant les produits dès leur conception, les entreprises peuvent ainsi conjuguer performance économique et réduction des coûts environnementaux.
Pour Mina Bishop, Senior Manager chez KPMG France, cette transformation marque un tournant : « Pendant des années, la mode circulaire a été traitée uniquement comme un enjeu environnemental. Notre étude montre qu’il s’agit aussi d’un sujet industriel. L’éco-conception est là où une grande partie de la valeur sera créée, à condition que le secteur repense les produits dès leur conception. »
Des règles communes pour accélérer la transition
L’essor de cette économie circulaire dépend également de l’évolution du cadre réglementaire européen. Chaque année, près de 12,6 millions de tonnes de déchets textiles sont générées sur le continent. Pourtant, seule une faible part de ces volumes est aujourd’hui collectée et valorisée.
Face à ce constat, les acteurs du secteur plaident pour une harmonisation de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) à l’échelle européenne. Ce mécanisme vise à faire contribuer financièrement les fabricants à la gestion de la fin de vie de leurs produits. Un système unifié permettrait non seulement de mieux répartir les coûts de traitement, mais aussi de financer le développement d’infrastructures de tri et de recyclage plus performantes.
Pour les entreprises ayant déjà intégré les principes de circularité à leur stratégie, ces nouvelles règles pourraient même devenir un avantage compétitif, en favorisant les modèles les plus vertueux.
Une réponse aux défis industriels européens
Dans un contexte marqué par la montée en puissance de l’ultra fast fashion et par le recul des capacités de production locales, la mode circulaire apparaît comme une piste de résilience pour l’industrie européenne.
Plusieurs outils sont d’ores et déjà envisagés pour soutenir cette transition. Le passeport numérique des produits, destiné à améliorer la traçabilité des articles, pourrait notamment renforcer la transparence auprès des consommateurs. De même, l’instauration d’une TVA réduite sur les activités de réparation fait partie des mesures susceptibles d’encourager de nouveaux usages.
Pour Maxime Delavallée, président de la Fédération de la Mode Circulaire, ces politiques publiques sont essentielles pour libérer le potentiel du secteur. Elles permettraient, selon lui, de concrétiser les quelque 104 milliards d’euros d’opportunités économiques identifiés pour l’Europe d’ici la fin de la décennie.
Bien plus qu’une tendance liée au développement durable, la circularité s’impose désormais comme un enjeu stratégique. Entre innovation, souveraineté industrielle et nouvelles attentes des consommateurs, elle pourrait redessiner en profondeur l’avenir du textile européen.
