L’hôpital sans nuitée : la révolution ambulatoire s’accélère malgré un déficit persistant

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Les hôpitaux publics français n’ont jamais accueilli autant de patients… mais ils les gardent de moins en moins longtemps. En quelques années, les séjours ambulatoires – sans nuit passée à l’hôpital – ont explosé, devenant majoritaires dans de nombreux services. Une évolution encouragée par les pouvoirs publics pour réduire les coûts et moderniser l’offre de soins. Pourtant, malgré cette activité en forte hausse, les finances hospitalières restent profondément fragiles.

Une activité hospitalière en nette progression

Les établissements publics de santé continuent de voir leur activité progresser. Selon les données présentées par la Fédération hospitalière de France (FHF), le nombre total de séjours hospitaliers a encore augmenté en 2025, avec une hausse de 4,7 %. Cette progression s’inscrit dans une tendance déjà observée l’année précédente, où l’activité avait grimpé de 4,3 %.

Sur une période plus longue, l’évolution est encore plus spectaculaire. Le nombre annuel de séjours dans les hôpitaux publics est passé de 13,4 millions en 2010 à environ 17 millions en 2024. Une croissance qui illustre, selon la FHF, le rôle central que continue de jouer l’hôpital public dans la prise en charge des besoins de santé de la population.

Lors d’une conférence de presse organisée le 17 mars, la déléguée générale de la fédération, Zaynab Riet, a insisté sur cette dynamique, estimant que l’hôpital public demeure un pilier du système de soins français, malgré les tensions qui pèsent sur lui.

L’évolution est particulièrement marquée en médecine et en chirurgie. Entre 2023 et 2025, et en excluant les activités liées à l’obstétrique – affectées par la baisse du nombre de naissances en France – le nombre de séjours dans ces disciplines a augmenté d’environ 10 %.

Le virage ambulatoire transforme l’hospitalisation

La transformation la plus visible concerne cependant la manière dont les patients sont hospitalisés. Les séjours ambulatoires, c’est-à-dire sans nuit passée à l’hôpital, connaissent une progression spectaculaire.

En deux ans, leur nombre a bondi de 19 %, alors que les hospitalisations avec hébergement n’ont augmenté que de 3,3 %. Cette évolution s’inscrit dans ce que les autorités sanitaires appellent le « virage ambulatoire ».

L’objectif est simple : privilégier des prises en charge plus rapides et moins lourdes lorsque l’état du patient le permet. Les progrès médicaux, notamment en chirurgie, rendent aujourd’hui possible des interventions et des traitements qui nécessitaient autrefois plusieurs jours d’hospitalisation.

Cette tendance a atteint un seuil symbolique en 2023. Pour la première fois, le nombre de séjours sans nuitée a dépassé celui des hospitalisations complètes. Selon les données de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), près de 9,9 millions de séjours ambulatoires ont été enregistrés cette année-là, contre 9,5 millions d’hospitalisations traditionnelles.

La dynamique s’est confirmée en 2024, avec environ 10,5 millions de séjours ambulatoires recensés. Cette évolution s’accompagne, dans de nombreux établissements, d’une réduction progressive du nombre de lits disponibles.

Les pouvoirs publics encouragent en effet depuis plusieurs années cette transformation, considérée à la fois comme un progrès médical et comme un moyen d’optimiser les ressources hospitalières.

Des finances hospitalières toujours dans le rouge

Malgré cette activité soutenue, la situation financière des hôpitaux publics reste préoccupante. La Fédération hospitalière de France estime que le déficit global des établissements devrait atteindre environ 2,5 milliards d’euros à la fin de l’année 2025.

Si l’on ajoute les établissements médico-sociaux, notamment les Ehpad, le déficit total pourrait même atteindre 2,7 milliards d’euros. Une amélioration légère par rapport à l’année précédente, où il s’élevait à 2,9 milliards, mais qui reste à un niveau très élevé.

Pour la FHF, cette situation ne s’explique pas par une mauvaise gestion interne des établissements. La fédération estime plutôt que les difficultés financières résultent de décisions nationales dont le financement n’a pas été totalement assuré.

L’exemple le plus souvent cité concerne les revalorisations salariales accordées aux personnels soignants dans le cadre du Ségur de la Santé, lancé après la première vague de la pandémie de Covid-19. Si ces hausses de rémunération ont été saluées comme nécessaires, elles n’auraient pas été entièrement compensées dans les budgets hospitaliers.

Selon un rapport récent de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), les décisions politiques insuffisamment financées représenteraient un manque d’environ 1,7 milliard d’euros cumulés à la fin de l’année 2024, hors inflation.

À cela s’ajoute l’impact de la hausse générale des prix. Pour la seule année 2024, le sous-financement lié à l’inflation serait évalué à environ 1,3 milliard d’euros.

Vers des réformes structurelles du système de santé

Face à ces tensions, la Fédération hospitalière de France appelle à repenser l’organisation globale du système de soins. Elle plaide notamment pour des réformes structurelles destinées à mieux répartir l’offre de santé sur le territoire.

La fédération évoque également la nécessité d’une loi de programmation pluriannuelle en santé. Un tel dispositif permettrait, selon elle, d’anticiper les besoins futurs et de garantir un financement plus stable du système hospitalier.

Alors que les enjeux démographiques, médicaux et financiers continuent de peser sur l’hôpital public, la question de son modèle économique devrait rester au cœur du débat politique dans les années à venir, notamment à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Dans l’immédiat, une chose semble certaine : les patients sont toujours plus nombreux à franchir les portes de l’hôpital… mais ils y passent de moins en moins de nuits.

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