Malgré un contexte politique instable, des tensions commerciales internationales et un environnement budgétaire contraint, l’économie française a mieux résisté qu’anticipé en 2025. Selon la première estimation publiée par l’Insee, le produit intérieur brut a progressé de 0,9 % sur l’ensemble de l’année. Une performance jugée encourageante par les pouvoirs publics et les économistes, qui y voient un point d’appui pour 2026, même si de fortes incertitudes demeurent, notamment du côté des ménages et de l’investissement.
Une croissance plus robuste que prévu en 2025
L’année 2025 se termine sur une note plus positive que ne le laissaient présager les multiples chocs politiques et économiques de ces derniers mois. Après une progression de 1,1 % en 2024, le PIB français a augmenté de 0,9 % l’an dernier. Ce chiffre correspond aux prévisions de l’Insee, mais dépasse légèrement les anticipations du gouvernement.
Le dernier trimestre a toutefois marqué un ralentissement. L’activité n’a progressé que de 0,2 % entre octobre et décembre, après un troisième trimestre particulièrement dynamique, à +0,5 %. Ce tassement en fin d’année confirme que la croissance reste fragile et dépendante de quelques moteurs seulement.
Une demande intérieure encore trop faible
Dans le détail, la demande intérieure a contribué pour seulement 0,7 point à la croissance annuelle. La consommation des ménages demeure l’un des maillons faibles de l’économie française. Sur l’ensemble de 2025, elle n’a progressé que de 0,4 %, malgré une légère amélioration observée sur la fin de l’année.
L’investissement des entreprises est resté quasi à l’arrêt, avec une hausse limitée à 0,1 %, après une forte contraction en 2024. Ce manque de dynamisme illustre la prudence persistante des dirigeants, dans un climat marqué par les incertitudes fiscales et géopolitiques.
À l’inverse, les dépenses des administrations publiques ont continué de soutenir l’activité, avec une progression de 1,7 %. Autre élément favorable, l’investissement des ménages, porté par les achats de logements neufs, ne recule plus, après plusieurs années difficiles pour le secteur immobilier.
Le commerce extérieur, nouveau point faible de l’activité
En 2025, le commerce extérieur n’a plus joué son rôle de soutien à la croissance. Il a même amputé le PIB de 0,5 point. Les importations ont augmenté de 2,9 %, soit deux fois plus rapidement que les exportations, limitées à +1,4 %.
Cette évolution traduit à la fois un regain de demande intérieure en biens importés et des difficultés persistantes pour certaines filières exportatrices dans un environnement international moins porteur.
La croissance a en revanche été soutenue par la reconstitution des stocks, qui a contribué pour 0,7 point à l’activité. Un facteur par nature transitoire, qui ne peut pas constituer un moteur durable.
Un contexte international encore perturbé mais contenu
Interrogé sur la situation économique, le ministre de l’Économie Roland Lescure a salué une croissance qu’il juge « robuste » et a évoqué un « bon départ » pour 2026, estimant que la France pourrait atteindre au moins 1 % de croissance cette année.
Les tensions commerciales avec les États-Unis, liées à la politique protectionniste de Donald Trump, n’ont pour l’instant qu’un impact limité sur l’économie française. Certains secteurs sont toutefois déjà affectés, notamment les produits à base d’acier, la filière des vins et spiritueux ou encore les cosmétiques.
Dans l’ensemble, les entreprises françaises ont continué à exporter, malgré un environnement international jugé plus instable et moins prévisible.
Des perspectives favorables à court terme selon l’Insee
Pour le début de l’année 2026, l’Insee anticipe une croissance de 0,3 % au premier trimestre et de 0,3 % au deuxième trimestre. Si ces projections se confirment, l’acquis de croissance atteindrait déjà 1 % à la mi-année.
Les statisticiens estiment également qu’un compromis politique autour du budget serait plutôt favorable à l’activité à court terme. La perspective d’une adoption rapide du budget 2026 contribue à réduire une part de l’incertitude qui avait pesé sur les décisions économiques en 2025.
Selon plusieurs économistes, cette incertitude aurait coûté entre 0,2 et 0,3 point de PIB l’an dernier. Sa dissipation pourrait donc soutenir la croissance au moins sur le premier semestre.
Industrie et exportations de nouveau en soutien
Les enquêtes de conjoncture publiées en ce début d’année montrent une amélioration sensible du climat des affaires, en particulier dans l’industrie. Les commandes en provenance de l’étranger sont jugées bien orientées, ce qui pourrait annoncer un redémarrage plus marqué des exportations en 2026.
Pour plusieurs analystes, la production industrielle pourrait redevenir un moteur central de l’activité. L’amélioration de la compétitivité-prix de la France constitue également un atout dans un contexte de concurrence accrue sur les marchés internationaux.
D’autres facteurs sectoriels pourraient jouer un rôle positif. Les cadences de production s’accélèrent dans l’aéronautique, tandis que la hausse des dépenses militaires et le redémarrage attendu de l’économie allemande, soutenu par une relance budgétaire, sont perçus comme des relais potentiels de croissance.
Les économistes rappellent qu’un point de croissance supplémentaire en Allemagne se traduit en moyenne par un gain de 0,1 point de PIB pour la France.
L’investissement des entreprises reste sous surveillance
À ce stade, la trajectoire de l’investissement productif demeure très incertaine. Après une nette reprise observée durant l’été, avec une hausse de 1 %, l’investissement des entreprises a de nouveau marqué le pas au dernier trimestre, à +0,1 %.
Les économistes sont partagés sur ses perspectives. Certains misent sur un redémarrage progressif, porté par l’amélioration du climat des affaires. D’autres estiment que la reconduction de la surtaxe d’impôt sur les grandes entreprises pourrait freiner les projets d’investissement et les embauches en 2026.
Les dernières enquêtes réalisées auprès des chefs d’entreprise confirment d’ailleurs des intentions d’investissement encore très faibles.
La consommation des ménages, grande inconnue de 2026
Le principal facteur d’incertitude reste le comportement des ménages. La consommation représente plus de la moitié du PIB français et conditionne largement la dynamique globale de l’économie.
Or, malgré une inflation désormais faible, les Français continuent d’adopter une attitude très prudente. Les achats de biens ont reculé de 0,6 % en décembre, après un repli de 0,3 % en novembre, selon l’Insee, et ce en dépit de la période des fêtes.
Les ménages n’ont toujours pas puisé dans leur épargne, qui demeure à un niveau historiquement élevé, à 18,4 % du revenu disponible au troisième trimestre 2025. Cette prudence inquiète l’exécutif, qui a cherché à éviter toute hausse d’impôts pesant directement sur les particuliers dans le budget 2026.
Pour plusieurs économistes, le climat est aujourd’hui plus anxiogène pour les ménages que pour les entreprises, ce qui alimente durablement leur préférence pour l’épargne, notamment tant que la trajectoire de réduction du déficit public reste incertaine.
Un horizon économique encore fragile à l’approche de l’élection présidentielle
Au second semestre, l’approche de l’élection présidentielle pourrait accentuer l’attentisme des entreprises comme des ménages. À cette incertitude politique s’ajoute un contexte international toujours instable, marqué par la multiplication des tensions géopolitiques et par l’imprévisibilité de la politique américaine.
Si l’économie française aborde 2026 dans une situation plus favorable que redouté, la trajectoire de croissance reste donc étroitement dépendante de la capacité à relancer la consommation et à sécuriser l’investissement.
Pour la Banque de France comme pour la plupart des instituts de conjoncture, une croissance autour de 1 % cette année apparaît crédible. Suffisante pour confirmer la résilience de l’économie française, mais encore insuffisante pour enclencher une véritable accélération durable.
