Alors que la transition énergétique devait s’appuyer discrètement sur le dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE), le gouvernement se retrouve en pleine tourmente. En cause : un décret publié début novembre, accusé par l’opposition de provoquer une hausse des prix des carburants et de l’énergie. Une polémique que l’exécutif tente désormais d’éteindre en urgence, à grand renfort de démentis.
Un dispositif technique devenu bombe politique
Depuis plusieurs années, les CEE constituent l’un des leviers majeurs de l’État pour financer les rénovations énergétiques, l’isolation, l’amélioration du parc automobile ou encore les dispositifs d’aide à la transition. Leur principe : obliger les fournisseurs d’énergie — carburants, gaz, électricité — à financer ou encourager des actions d’économie d’énergie, sous peine de pénalités financières.
Le décret de novembre ne crée pas de nouvelle taxe. Il renforce les obligations imposées aux énergéticiens pour la période à venir, ce qui représente une enveloppe supplémentaire estimée à près de 2 milliards d’euros par an. Jusqu’ici, une partie de ces dépenses était assumée directement via le budget de l’État (bonus automobile, leasing social, MaPrimeRénov’). Désormais, une part accrue incombera aux acteurs du secteur.
Mais sur un terrain aussi inflammable que celui du prix des carburants ou du gaz, la nuance s’est immédiatement dissoute dans le débat politique.
Bardella accuse, le gouvernement contre-attaque
La mèche s’enflamme vendredi : dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Jordan Bardella accuse frontalement le gouvernement d’avoir « augmenté les taxes » par décret, évoquant les carburants, le fioul, le gaz et l’électricité. Le président du RN appelle même à mobiliser ses militants pour obtenir l’annulation de ce qu’il qualifie de « décret de la honte ».
L’exécutif réagit sans attendre. Roland Lescure, ministre de l’Économie, dénonce « un mensonge » et assure qu’aucune hausse de taxe n’a été décidée. Il reproche au RN d’exploiter les inquiétudes des Français pour engranger du capital politique. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, appuie : « Ce que dit Jordan Bardella est une honte », rappelle que l’exécutif travaille au contraire sur une baisse de la TICFE, et rejette l’idée sénatoriale d’augmenter la fiscalité sur le gaz pour alléger celle sur l’électricité.
L’estimation qui a mis le feu aux poudres
L’étincelle initiale ne vient pourtant pas des partis politiques mais d’une déclaration de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Selon un de ses dirigeants, les nouvelles obligations prévues par le décret pourraient entraîner une hausse comprise entre 4 et 6 centimes par litre dès 2026.
Une hypothèse que le RN a immédiatement reprise à son compte, dénonçant un dispositif qu’il critique de longue date pour ses « dérives » et ses « fraudes ». La Cour des comptes elle-même avait pointé, en 2023, le manque de contrôle et l’efficience discutable de certains segments du dispositif.
Le gouvernement, lui, minimise ces calculs et accuse certains énergéticiens de se servir du renforcement des obligations comme alibi pour justifier des hausses de prix. Une ligne de défense risquée : l’exécutif sait qu’imposer des dépenses supplémentaires aux fournisseurs a nécessairement des répercussions économiques — et donc potentiellement sur la facture des consommateurs.
Le spectre des gilets jaunes plane toujours
Sur un sujet aussi sensible que le prix de l’énergie, l’exécutif se sait sur un fil. Le souvenir des gilets jaunes reste vif, et toute hausse du prix des carburants, même indirecte, peut rallumer les braises sociales. Le gouvernement affirme vouloir protéger les ménages les plus modestes, mais reconnaît en creux que les obligations imposées aux entreprises ne peuvent être absorbées intégralement par leurs marges.
Cette situation illustre l’étroite ligne de crête sur laquelle avance l’État : financer une transition énergétique indispensable, tout en évitant une explosion des factures et un nouvel embrasement politique.
Une chose est sûre : dans un contexte où chaque centime sur un litre d’essence peut devenir une affaire nationale, le prix de l’énergie restera plus que jamais au cœur de la bataille politique dans les mois à venir.
