Rodolphe Saadé, le dirigeant de CMA CGM qui parle aux chefs d’État

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A l’occasion d’un édito publié dans Le marin, le journaliste Thibaud Teillard salue la stature diplomatique acquise par Rodolphe Saadé à travers ses nombreuses rencontres avec les dirigeants du monde. Dans un contexte géopolitique sous tension, le PDG de CMA CGM incarne une forme d’influence économique que la France ne peut se permettre d’ignorer.

Il y a ceux que les leaders du monde reçoivent avec réserve. Et puis il y a Rodolphe Saadé. Le patron de CMA CGM a été accueilli ces derniers mois par plusieurs chefs d’État et de gouvernement : le Premier ministre indien Narendra Modi à Marseille en février, Donald Trump dans le Bureau ovale en mars, le vice-Premier ministre vietnamien Trân Hông Ha à Hanoï fin mai, ou encore le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger le 2 juin.

Pour Thibaud Teillard, journaliste spécialiste du shipping pour le média dédié à l’économie maritime Le marin, cette tournée mondiale n’a rien d’anecdotique. Elle reflète, selon lui, une stratégie d’influence pleinement assumée par un dirigeant à la tête d’un groupe devenu l’un des piliers du transport maritime mondial. « Toujours ou presque accompagné de son fidèle sherpa, le diplomate Patrice Bergamini, Rodolphe Saadé est accueilli comme le serait un président », souligne Thibaud Teillard dans son édito.

L’art de la diplomatie économique en temps de crise

Ce qui frappe, d’après Thibaud Teillard, c’est la capacité de Rodolphe Saadé à entretenir des relations de haut niveau dans des pays où la diplomatie hexagonale est en difficulté. Le cas de l’Algérie est emblématique : « Être reçu comme un chef d’État à Alger alors que la France et ses intérêts y sont battus très froid, tout en investissant massivement au Maroc, le meilleur ennemi de l’Algérie […] relève de l’exploit », écrit-il.

Le groupe CMA CGM est en effet engagé dans le développement du nouveau port de Nador, au nord du Maroc, tout près de la frontière algérienne. Une position délicate dans un climat régional sous haute tension. Cette double implantation, au Maroc et en Algérie, illustre selon Thibaud Teillard la capacité de Rodolphe Saadé à naviguer avec finesse dans des eaux diplomatiques particulièrement agitées.

CMA CGM, un levier stratégique pour la souveraineté française

Au-delà de la géopolitique, Thibaud Teillard insiste sur la dimension stratégique de CMA CGM pour la souveraineté économique de la France. « Ceux qui ne comprennent rien à la souveraineté incomparable qu’assure à un pays un champion maritime […] devraient y regarder à deux fois lors des joutes politiques à venir », prévient-il.

Dans un monde bouleversé par les reconfigurations logistiques et l’émergence de nouvelles puissances régionales, disposer d’un armateur de rang mondial n’est pas un détail : c’est un avantage géopolitique. Le journaliste rappelle notamment que Donald Trump, quoi que l’on pense de lui, « a au moins parfaitement saisi l’importance de cette souveraineté maritime pour son pays, qui a tout perdu de ce côté-là ».

Des critiques souvent hors sujet

Malgré son importance stratégique, l’entreprise de Rodolphe Saadé reste l’objet de critiques, notamment sur sa contribution fiscale. Des reproches que Thibaud Teillard juge largement infondés : « Les autoproclamés vertueux voyant CMA CGM comme une machine à cash qui, côté impôts, prendrait soi-disant tellement plus à la France qu’elle ne lui donne […] se trompent totalement ».

Thibaud Teillard regrette également que le débat public se focalise presque exclusivement sur les rachats médiatiques de Rodolphe Saadé, occultant le rôle fondamental que joue son entreprise pour l’économie nationale. « Regardons un instant autre chose que son pôle médias, qui cristallise les passions tristes et les obsessions politico-journalistiques : CMA CGM est, pour la France, un atout économique et diplomatique majeur », souligne-t-il.  

Ne pas affaiblir ses meilleurs atouts

Alors que se dessine l’après-guerre en Ukraine et que des recompositions géopolitiques émergent aux frontières de l’Europe, ainsi qu’au Proche et Moyen-Orient, Thibaud Teillard appelle à la lucidité. Le journaliste note que ces nouveaux équilibres n’ont pas échappé à CMA CGM, qui ajuste ses implantations et ses partenariats dans les régions clés. D’où son avertissement : « N’abattons pas bêtement nos (de plus en plus rares) bonnes cartes ».

Pour Thibaud Teillard, Rodolphe Saadé dirige certes une entreprise privée, mais dont l’action contribue directement à la puissance économique et à l’influence diplomatique de la France. Il ne s’agit pas de sanctuariser CMA CGM, mais de reconnaître que ce groupe représente une opportunité pour le pays.

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