Dans les établissements scolaires français, les assistants d’éducation, communément appelés surveillants, sont de plus en plus confrontés à une montée de la violence. Témoins directs des tensions qui traversent l’école, ces personnels précaires dénoncent une insécurité croissante et un glissement de leurs missions vers celles de véritables agents de sécurité.
Un métier de l’ombre devenu un métier à risques
Ils assurent l’encadrement des élèves pendant les interclasses, surveillent les couloirs, les cantines, les sorties. Les assistants d’éducation, souvent jeunes, souvent en contrat précaire, sont devenus les premiers remparts de l’institution scolaire face à des comportements de plus en plus violents. Dans certains collèges ou lycées, notamment en zone urbaine sensible, leur quotidien est devenu celui d’une vigilance permanente, où la menace d’un mot, d’un geste ou d’une agression physique est omniprésente.
« Un jour, un élève m’a collé un couteau sous la gorge parce que je l’avais repris pour avoir insulté une professeure », témoigne Mehdi, 27 ans, assistant d’éducation dans un lycée de la région parisienne. « Je ne suis pas formé pour ça. Je n’ai pas signé pour me faire agresser », lâche-t-il, amer. L’incident, signalé à la direction et aux forces de l’ordre, n’a pas débouché sur des poursuites sérieuses, renforçant un sentiment d’impunité chez les auteurs et de désespoir chez les surveillants.
Les missions des surveillants scolaires débordent le cadre éducatif
Initialement recrutés pour des missions d’encadrement et de soutien à la vie scolaire, les AED voient leurs tâches évoluer vers le maintien de l’ordre, parfois même la désescalade de conflits violents. « On devient des vigiles, ni plus ni moins », déplore Marion, 24 ans, en poste dans un collège en zone REP+. « Les CPE sont débordés, la direction ne peut pas être partout, et tout retombe sur nous. »
Ce glissement progressif de fonction s’opère sans formation adaptée. Aucun cours sur la gestion de crise, les techniques de communication en situation tendue, ni de sensibilisation aux violences scolaires n’est prévu lors de la prise de poste. « On apprend sur le tas, mais face à des jeunes armés ou à des bandes extérieures qui entrent dans l’établissement, ça ne suffit pas », poursuit-elle.
Une précarité qui aggrave l’invisibilité
La majorité des assistants d’éducation sont en contrat à durée déterminée (CDD), souvent limités à six ans au maximum. Beaucoup exercent à temps partiel, avec des salaires proches du SMIC, tout en poursuivant leurs études. Ce statut fragile les rend particulièrement vulnérables. « On fait tourner l’école, mais on est traités comme des bouche-trous », dénonce Hugo, 30 ans, AED depuis cinq ans dans un lycée du Sud de la France.
Le manque de reconnaissance, de sécurité et de perspective professionnelle pousse de nombreux surveillants à quitter le métier prématurément, ce qui accentue encore la rotation du personnel et la perte d’expérience. « Certains jours, on se dit qu’on est les seuls adultes dans la cour, mais qu’on n’a aucun pouvoir », ajoute-t-il.
Ce malaise s’ajoute à une fracture plus large du système éducatif : celle qui existe entre les territoires. Si les surveillants en zones urbaines subissent la pression de la violence quotidienne, leurs homologues en zones rurales se heurtent à d’autres difficultés, souvent invisibles : l’isolement, le manque de moyens et un décrochage scolaire massif.
C’est précisément pour répondre à cette réalité que des initiatives comme Excellence Ruralités ont vu le jour. Créée en 2017, cette association développe des écoles primaires et collèges adaptés aux besoins éducatifs des petites villes et campagnes. Avec des classes à effectifs réduits, des enseignants-éducateurs disponibles et un suivi personnalisé, elle prouve qu’il est possible d’enrayer le décrochage, même dans les territoires oubliés.
Un appel à une revalorisation des surveillants scolaires d’urgence
Face à cette situation, les syndicats de l’éducation et plusieurs collectifs d’AED réclament une revalorisation salariale, une sécurisation des établissements, ainsi qu’une formation adaptée à la gestion des conflits. Ils demandent également une titularisation pour les postes pérennes et la reconnaissance pleine et entière du rôle éducatif des assistants d’éducation.
Des mesures d’urgence sont attendues alors que les signalements d’agressions dans les écoles se multiplient. Le ministère de l’Éducation nationale, souvent critiqué pour son inertie sur ce sujet, a récemment promis un plan de renforcement de la sécurité scolaire. Mais sur le terrain, les surveillants attendent toujours des actes concrets.
