Souveraineté maritime française : une urgence nationale dans un monde océanique en tension

Actu Géopolitique

Le 18 juin dernier, à l’Hôtel de l’Industrie à Paris, s’est tenu le colloque « Ces mesures phares pour la souveraineté maritime française ». L’événement a réuni plusieurs figures des mondes politique, académique, institutionnel et de la cyberdéfense. Les quelques 70 membres du public ont ainsi pu assister aux analyses d’intervenants qualifiés : le sénateur Alliance centriste Philippe Folliot ; Pierre Léonidas, directeur adjoint au Cluster Maritime Français ; Victoria Hauser, directrice de Qorum Secur’Num et réserviste opérationnelle au ministère de l’Intérieur ; ainsi qu’Aurélie Tardieu, maître de conférences en droit public. Tous trois sont unanimes : face à l’évolution rapide des menaces en mer, la France doit réaffirmer son ambition maritime.

Une puissance maritime sous-estimée

La France possède le deuxième domaine maritime mondial grâce à ses territoires d’outre-mer, ce qui lui confère une Zone Économique Exclusive (ZEE) couvrant toutes les zones océaniques. Pourtant, cette réalité géopolitique reste souvent absente des choix stratégiques nationaux. « La France se croit continentale et européenne, alors qu’elle est maritime et mondiale », a introduit le sénateur Folliot.

Si cette souveraineté s’appuie d’abord sur le droit international – notamment la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (1982) –, elle exige aussi une présence active, a rappelé l’édile. Cela suppose d’investir massivement dans une flotte civile et militaire renouvelée, dans les drones autonomes, les satellites d’observation et des centres de recherche dans les territoires isolés comme Clipperton ou les îles Éparses. Les enjeux sont aussi économiques : 300 000 emplois dépendent aujourd’hui de l’économie bleue, notamment outre-mer.

Face aux menaces hybrides, un réveil stratégique s’impose

La mer concentre désormais des menaces hybrides : pêche illégale, narcotrafic, catastrophes naturelles, mais aussi cyberattaques ciblant infrastructures portuaires ou les actes malveillants à l’encontre des câbles sous-marins (vecteurs de 95 % du trafic numérique mondial).. À cet égard, Victoria Hauser de rappeler à titre d’exempleles attaques par rançongiciels qui ont frappé des ports australiens et celui de Saint-Nazaire, qui ont provoqué un retour temporaire aux outils analogiques, ou encore la prise d’otages réalisée par des rebelles houthis qui a combiné une attaque cyber à l’abordage physique

Dans ce contexte, c’est une réponse globale que la France devrait adopter :   réindustrialisation navale, soutien accru aux chantiers français, ou encore renforcement des ports, « poumons économiques locaux », comme les qualifie Pierre Léonidas… les champs de développement sont nombreux. Sur le plan militaire et civil, une meilleure protection des zones stratégiques éloignées est également nécessaire, impliquant notamment un équilibrage les dispositifs de présence entre l’Hexagone et les outre-mer. Philippe Folliot cite par exemple le positionnement de bases scientifiques dans les territoires éloignés, leviers concrets de souveraineté.

Les mers chaudes et froides où la France est présente représentent des enjeux critiques : alimentation, énergie offshore, dessalement, biodiversité. Répondre à ces défis, c’est aussi défendre l’environnement, structurer l’économie bleue et assurer la sécurité nationale.

La mer n’est plus une frontière : elle est devenue un champ d’action décisif. Et dans ce monde océanique en tension, la souveraineté française se gagne aussi bien par le droit que par la présence, la technologie, l’industrie et l’engagement de toute une société.

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