Choose France : deux futures usines de e-méthanol relancent l’ambition française dans les biocarburants

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La France tente de rattraper son retard dans les carburants de nouvelle génération. Profitant de la vitrine politique de l’événement Choose France, la PME industrielle Elyse Energy a décroché une enveloppe de 70 millions d’euros de prêts, garantis en grande partie par l’État. Une bouffée d’oxygène stratégique pour un acteur encore jeune, mais déjà considéré comme l’un des moteurs français de la filière du e-méthanol.

Ce carburant synthétique, obtenu en combinant hydrogène bas-carbone et CO₂ de récupération, nourrit beaucoup d’espoirs. Il pourrait offrir une solution tangible aux secteurs les plus difficiles à décarboner : l’industrie lourde, le transport maritime et, à terme, l’aviation. Mais son coût de production, encore bien supérieur à celui des énergies fossiles, impose un soutien public massif pour enclencher une véritable dynamique industrielle.

La France veut remonter dans le peloton

Alors que la Chine, le Danemark ou la Norvège ont déjà amorcé la construction d’usines dédiées, l’Europe du Sud est restée plus prudente. Paris entend désormais se replacer dans le jeu. Le financement obtenu par Elyse Energy doit permettre de lancer deux premiers sites pilotes : eM-Rhône et E-CHO. Le chantier du premier, implanté en Isère, pourrait démarrer fin 2026, à condition d’obtenir l’ensemble des autorisations administratives – un parcours souvent long pour ce type de projet.

« Le défi est double, confie Pascal Pénicaud, président et cofondateur de l’entreprise. Industriel d’abord : cela fait près de 80 ans que la France n’a pas bâti une nouvelle raffinerie. Financier ensuite : le passage à l’échelle se chiffre en milliards. » Depuis sa création en 2020, Elyse Energy a tout de même réussi à lever 328 millions d’euros, mêlant fonds propres privés, subventions nationales et financements européens. De quoi sécuriser les premières étapes d’un programme au long cours.

Une technologie prometteuse mais encore dépendante du politique

La promesse du e-méthanol repose sur sa capacité à réduire fortement les émissions : jusqu’à 90 % selon Elyse Energy, lorsque l’hydrogène utilisé est issu de sources renouvelables et que le CO₂ capté provient de procédés industriels difficiles à éliminer. De quoi répondre aux nouvelles normes européennes imposant une part croissante de carburants durables dans les secteurs maritime et aérien.

Mais pour passer du laboratoire à une filière solide, encore faut-il que les règles du jeu soient clairement définies. Et c’est là que le bât blesse. « On avance au rythme de l’administration française et européenne, soupire Pascal Pénicaud. Les actes délégués, les décrets, les transpositions… tout cela prend du temps et freine notre compétitivité face à des pays beaucoup plus rapides à décider. »

Le dirigeant s’inquiète également du nouveau plan européen présenté début novembre, qui renforce le soutien à la filière mais ne prévoit aucune mesure de préférence pour les producteurs du continent. Un manque de protection qui laisse la voie libre à la concurrence chinoise, déjà en train de déployer ses capacités industrielles.

Un pari stratégique pour la fin de la décennie

Malgré les incertitudes, Elyse Energy veut croire à une bascule dans les prochaines années. Le fondateur estime que la France peut encore rejoindre la tête du peloton, si les investissements et les règles de soutien se stabilisent rapidement. Pour l’heure, seuls quelques projets ont réellement commencé à produire du e-méthanol dans le monde. Les premiers exemplaires sortiront des chaînes danoises et chinoises.

Pour l’Hexagone, les deux usines annoncées constituent un symbole : celui d’une industrie qui tente de renaître autour de technologies bas-carbone, après plusieurs décennies de désindustrialisation. Mais aussi celui d’une bataille mondiale qui se jouera autant sur les innovations que sur les cadres réglementaires. Et où chaque mois de retard peut coûter cher.

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